Première cause de mortalité féminine après l’âge de 55 ans, les maladies cardiovasculaires sont largement sous-estimées et insuffisamment prises en charge chez les femmes. Le grand public, comme les médecins, restent encore sur l’idée que ces maladies sont l’apanage des hommes en surpoids, fumeurs, de plus de 50 ans.

Pourtant, une femme a un risque 8 fois plus élevé de mourir d’un accident cardiovasculaire que d’un cancer du sein. Connaître les signes évocateurs d’un infarctus chez la femme, appliquer les mesures spécifiques de réduction du risque cardiovasculaire, améliorer les connaissances médicales autour de ces maladies, penser à en parler avec son médecin traitant… autant de priorités pour éviter que, chez les femmes, les maladies cardiovasculaires soient moins bien dépistées et prises en charge tardivement.

Une cause de décès beaucoup plus fréquente que le cancer du sein

Lorsqu’on pense aux maladies qui touchent particulièrement les femmes, le cancer du sein vient à l’esprit. Pourtant cette maladie est la cause du décès d’une femme sur 26 alors que les maladies cardiovasculaires sont responsables du décès d’une femme sur 3 !

Comme chez les hommes, l’angine de poitrine (angor), les infarctus du myocarde, les AVC et les thromboses (formation de caillots, surtout après la ménopause) sont les maladies cardiovasculaires observées chez les femmes.

Depuis 20 ans, les AVC sont de plus en plus fréquents en lien avec une augmentation de la fréquence de l’hypertension artérielle chez les femmes (une femme sur 2 après 45 ans). Après la ménopause, l’infarctus du myocarde est la première cause de décès chez la femme, une statistique qui est globalement méconnue, en particulier des premières intéressées.

Pourquoi les maladies cardiovasculaires sont-elles identifiées aux hommes ?

Dans notre esprit, les maladies cardiovasculaires sont principalement des maladies masculines. Cette idée fausse a de multiples causes. Historiquement, les femmes fumaient moins et avaient une alimentation souvent plus équilibrée que les hommes. De plus, les hormones sexuelles (estrogènes et progestérone) semblaient diminuer le risque cardiovasculaire.

C’est aussi à la recherche que l’on doit cette mauvaise représentation du risque féminin : dans les années 1960, les grandes études sur les maladies cardiovasculaires enrôlaient principalement (voire uniquement) des hommes. Ainsi, les connaissances médicales croissantes sur les maladies cardiovasculaires des hommes ont éclipsé le risque féminin et les femmes ont bénéficié d’une fausse réputation de population naturellement protégée.

Malheureusement, si depuis 20 ans les femmes sont davantage à risque d’accident cardiovasculaire, les perceptions du risque féminin n’ont pas changé ce qui est à l’origine de nombreux retards de diagnostic et de traitement, avec pour conséquence le fait que 54 % des 147 000 accidents cardiaques mortels chaque année en France surviennent chez des femmes, contre 43 % chez les hommes.

Cette augmentation du risque cardiovasculaire depuis 20 ans est directement lié au mode de vie des femmes d'aujourd’hui et à l’exposition croissante aux facteurs de risque cardiovasculaire que sont le tabac, l’alcool, la sédentarité et le stress. Chez la femme, on estime qu’un infarctus sur deux est lié au tabagisme.

Les trois périodes de vulnérabilité cardiovasculaire des femmes

On distingue trois périodes au cours desquelles les femmes sont davantage à risque de maladie cardiovasculaire :

  • la période de contraception avec une influence négative de la contraception hormonale, en particulier chez les femmes qui fument 
  • la grossesse, au cours de laquelle le cœur est davantage sollicité (le volume sanguin augmente) et qui peut révéler une fragilité cardiovasculaire préexistante 
  • la ménopause, souvent liée à une prise de poids, un excès de cholestérol sanguin, voire l’apparition d’un diabète de type 2, des facteurs de risque cardiovasculaire.

Les maladies cardiovasculaires touchent des femmes de tous les âges

Contrairement à une autre idée préconçue, et même si elles apparaissent en général à un âge plus avancé que chez les hommes, les maladies cardiovasculaires ne sont pas l’apanage des femmes après la ménopause : elles touchent toutes les classes d’âge après 35 ans et sont mortelles chez 10 % des patientes touchées entre les âges de 25 et 44 ans.

Chaque année, elles sont à l’origine de 400 000 hospitalisations, dont un tiers chez des femmes de moins de 65 ans. En 2016, un article du Bulletin épidémiologique hebdomadaire rapportait que, entre 2008 et 2013, le nombre d’hospitalisations pour infarctus du myocarde chez les femmes âgées de 45 à 54 ans avait augmenté de 4,8 % par an.

Les signes particuliers de l’infarctus du myocarde chez la femme

Le retard au diagnostic d’accident cardiaque observé chez les femmes est en particulier lié au fait que les symptômes de l’angor et l’infarctus du myocarde sont différents de ceux observés chez les hommes.

Par exemple, les douleurs du thorax, de l’épaule ou du bras en cas d’infarctus, classiquement décrites chez l’homme et connues de tous, sont moins sévères chez les femmes (en particulier les femmes diabétiques) et absentes chez une femme sur deux. Dans 15 % des cas (contre 7 % chez les hommes), ces douleurs sont plutôt localisées au niveau de l’estomac ou du ventre, ce qui n’évoque pas un problème cardiaque à celles qui en sont victimes.  

D’autres symptômes sont également observés plus fréquemment chez les femmes lors d’infarctus : palpitations à l’effort, suées, nausées, vomissements, troubles digestifs, essoufflement, difficultés à respirer avec sensation d’oppression dans la poitrine, grande fatigue soudaine et persistante, par exemple.

Les règles de prévention cardiovasculaire chez la femme

Chez les femmes, la prévention des maladies cardiovasculaires repose sur les mêmes principes que chez les hommes : arrêt du tabac, lutte contre le surpoids et la sédentarité, alimentation équilibrée et diversifiée, contrôle régulier de la tension artérielle, mais avec quelques particularités propres aux trois périodes de vulnérabilité.

Chez les femmes de plus de 45 ans qui souhaitent reprendre une activité sportive, certains cardiologues recommandent de faire, au-delà du traditionnel test d’effort (sur un vélo stationnaire), une échographie cardiaque, une IRM de stress ou un scanner coronaire.

De plus, en cas de dépression avérée, un traitement antidépresseur doit être mis en place, la dépression favorisant l’augmentation du risque cardiovasculaire.

Adapter la contraception chez les femmes qui fument

Dans le cadre de la prévention des maladies cardiovasculaires, chez les femmes qui fument (même peu) et qui ont plus de 35 ans, il est préférable de ne pas avoir recours à une contraception hormonale (pilule, anneau, patch ou implant) mais d’utiliser un dispositif intra-utérin (stérilet) ou des préservatifs. En revanche, la contraception hormonale reste possible chez les femmes diabétiques (en l’absence de complications) et chez celles qui présentent un excès de cholestérol sanguin équilibré par un traitement.

Suivre la santé cardiovasculaire pendant la grossesse

Pendant la grossesse, entre 5 et 10 % des femmes présentent de l’hypertension artérielle. Cette hypertension peut être à l’origine d’une complication grave de la grossesse, la pré-éclampsie. Celle-ci se traduit par des maux de tête, des œdèmes (gonflements), des troubles digestifs ou une augmentation soudaine et importante du poids. Elle peut avoir des conséquences sévère sur les reins.

Les femmes qui présentent de l’hypertension artérielle pendant la grossesse (même sans pré-éclampsie) ont un risque cardiovasculaire plus important après la grossesse et pour le reste de leur vie. Elles doivent être régulièrement suivies et dépistées, en particulier en ce qui concerne leur tension artérielle.

Accompagner la ménopause

Au moment de la ménopause, un suivi régulier de la tension artérielle, du poids, de la glycémie (taux sanguin de sucre) et du taux de cholestérol sanguin doit être mis en place. L’apparition d’un diabète de type 2 (« insulinorésistant ») augmente davantage le risque d’accident cardiovasculaire chez les femmes que chez les hommes (risque multiplié par 3 à 7, contre 2 à 3 chez les hommes). Son dépistage doit être régulièrement pratiqué.

La prescription d’un traitement hormonal substitutif de la ménopause peut être faite, mais pour une courte durée, le temps que les symptômes gênants s’atténuent. Ce traitement ne prévient pas le risque cardiovasculaire, mais il ne semble pas l’augmenter s’il est administré les cinq premières années de la ménopause avec une surveillance étroite des facteurs de risque et une réévaluation annuelle de la balance bénéfice-risque.

Un besoin criant de recherche médicale spécifique

Mieux connaître les particularités féminines du risque et des accidents cardiovasculaires est une priorité de la recherche clinique. De plus, à l’exception de l’hypertension artérielle, peu de données sont disponibles sur la manière dont les femmes réagissent aux différents traitements utilisés après un accident cardiovasculaire. Des essais cliniques spécifiquement féminins sont indispensables.

 

De plus, il est essentiel que les femmes prennent l’habitude d’évoquer le sujet de leur santé cardiovasculaire avec leur médecin traitant. Selon une enquête de la Fédération française de cardiologie, seulement 44 % des femmes en ont déjà parlé à leur médecin généraliste. En parler et agir pour un dépistage précoce jouera un rôle important dans la réduction de cette inégalité qu’est, aujourd’hui, la prise en charge du risque cardiovasculaire chez les femmes.

Sources

« Le cœur des femmes », Fondation Recherche Cardiovasculaire

« Particularités de la maladie coronaire chez la femme », Société française de cardiologie.

« Cœur et femmes », Fédération française de cardiologie, mars 2018

Gabet A, Danchin N et Olié V. « Infarctus du myocarde chez la femme : évolutions des taux d’hospitalisation et de mortalité, France, 2002-2013 », Bulletin épidémiologique hebdomadaire, mars 2016.

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