EN BREF

Non (en tout cas, pas encore).

Sur les réseaux sociaux et dans nos boîtes mail, le curcuma est vanté comme une sorte de panacée universelle par des entreprises commerciales qui en proposent à la vente. Cancer, cholestérol, allergies, arthrose… les usages médicinaux de cette épice ne semblent pas avoir de limites. Pourtant, malgré plus de 120 études cliniques, les preuves d’efficacité restent fragiles.

Une épice traditionnelle asiatique

Le curcuma (Curcuma longa) est une plante de la famille du gingembre. Du fait de ses propriétés anti-oxydantes, il a longtemps été utilisé comme un conservateur alimentaire naturel. La poudre de curcuma, tirée du rhizome séché, est l’ingrédient principal du curry et lui confère son intense couleur jaune.

En phytothérapie, pour aider à la digestion

En phytothérapie, l’Agence européenne du médicament (EMA) considère comme « traditionnel » l’usage du curcuma pour soulager « les digestions difficiles » (brûlures d’estomac, ballonnements, flatulences, etc.). Elle recommande une durée maximale du traitement de deux semaines, et de ne prendre du curcuma ni pendant la grossesse ni pendant l’allaitement, hors usage alimentaire comme épice.

Un problème d’absorption intestinale qui limite son usage

Le curcuma contient un ensemble de substances anti-inflammatoires et anti-oxydantes, les curcuminoïdes, dont la curcumine est la plus abondante. Néanmoins, du fait d’une absorption intestinale faible, les concentrations sanguines de curcumine après ingestion de curcuma sont trop modestes pour espérer un effet thérapeutique.

Des tentatives pour améliorer l’absorption intestinale de la curcumine

Des études ont montré qu’une substance issue du poivre, la pipérine, augmente significativement l’absorption de la curcumine. Mais elle agit en augmentant la perméabilité globale de la paroi de l’intestin ce qui peut être source de problèmes de santé.

Plus récemment, de nouvelles formes de curcuma sont apparues, en théorie plus absorbables par l’intestin (nanoparticules, phospholipides). Mais les données cliniques manquent sur leur efficacité et leur éventuelle toxicité.

Un espoir déçu dans la lutte contre le cancer

La curcumine a montré, sur des cultures de cellules, une capacité à bloquer la multiplication de plusieurs types de cellules cancéreuses. Mais aucune étude clinique sérieuse n’a été menée chez l’homme dans cette maladie, de nouveau du fait des problèmes d’absorption. Quelques études ont également cherché à évaluer l’efficacité du curcuma dans la prévention des cancers, en particulier celui du côlon, sans résultat probant.

Un effet anti-inflammatoire qui reste à préciser

Les propriétés anti-inflammatoires de la curcumine ont fait l’objet de plusieurs études dans le traitement de l’arthrose et de la polyarthrite rhumatoïde. En 2016, une méta-analyse (l’analyse croisée d’études existantes) a conclu qu’il existe des signes encourageants concernant l’effet d’un gramme de curcumine par jour en cas d’arthrose. Néanmoins, les études analysées concernaient de petits nombres de patients et ces signes favorables restent à confirmer par une étude plus vaste.

Plus de 120 études cliniques… mais toujours rien de sûr !

Le curcuma est l’exemple typique de la faiblesse des études sur l’efficacité des substances d’origine naturelle (donc non brevetables). Plus de 120 études cliniques ont fait l’objet de publications scientifiques, mais aucune n’était suffisamment puissante pour en tirer des conclusions définitives. Néanmoins, les articles scientifiques dithyrambiques ne manquent pas, souvent à l’initiative d’entreprises qui commercialisent le curcuma.

Il reste à espérer que les nouvelles formes brevetables de curcumine (par exemple, les nanoparticules) permettront aux entreprises qui les produisent d’investir les fonds nécessaires à de vastes études méthodologiquement irréprochables.

Pour en savoir plus

Le dossier « Curcuma » (Turmeric) de l’Agence européenne du médicament (en anglais)

La méta-analyse des études portant sur les effets de la curcumine sur l’arthrose (en anglais)

La fiche « Curcuma » du National Center for Complementary and Integrative Health (NCCIH, une branche des NIH, les Centres nationaux sur la santé américains) (en anglais)

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