EN BREF

Oui, pour une vingtaine de substances médicamenteuses.

Le pamplemousse, en fruit ou en jus, contient des substances, les furanocoumarines, qui inhibent une enzyme de notre système de détoxification, appelée CYP3A4 (une forme d’une enzyme nommée cytochrome P450). La conséquence de cette inhibition par le pamplemousse est que notre organisme a plus de mal à éliminer certains médicaments. Prise après prise, ceux-ci s’accumulent dans le corps et le risque d’effets indésirables, parfois graves, augmente. Plus rarement, le jus de pamplemousse peut diminuer l’efficacité d’un médicament.

Seulement le pamplemousse ?

Cet effet est essentiellement retrouvé avec le pamplemousse, en particulier avec le jus industriel (la couche blanche sous l’écorce, riche en furanocoumarines, est pressée avec la pulpe). Mais il existe également avec le jus pressé maison et le fruit. Les oranges amères (« Séville »), les bergamotes et les tangelos (un hybride du pamplemousse) seraient également concernés. Les oranges de table ou à jus ne posent pas de problème.

Un effet rapide et prolongé, même pour un seul verre de jus

Un seul verre de jus de pamplemousse (250 ml) semble suffisant pour déclencher une inhibition maximale du cytochrome P450, dès la 4e heure après l’avoir bu. Cet effet semble durer environ 24 heures.

Quels sont les médicaments concernés ?

La version de mars 2018 du thésaurus des interactions médicamenteuses de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) liste 19 substances actives dont l’élimination est perturbée par le jus de pamplemousse (et une dont l’efficacité est diminuée). Ces substances se retrouvent dans de très nombreux médicaments.

On y trouve :

  • certains médicaments fréquemment prescrits contre l’excès de cholestérol (atorvastatine et simvastatine) 
  • les médicaments antirejet prescrits après une greffe d’organe (immunosuppresseurs comme la ciclosporine, le tacrolimus, le sirolimus, l’everolimus et le temsirolimus)
  • certains médicaments pour le cœur (lercanidipine, dronédarone, ivabradine, aliskiren, vérapamil, ticagrélor) 
  • certains antidépresseurs (sertraline) ou anxiolytiques (buspirone) 
  • certains médicaments anti-cancéreux (régorafénib et olaparib)
  • certains médicaments des troubles de l’érection (avanafil, vardénafil) 
  • la carbamazépine (un anti-épileptique parfois utilisé contre les névralgies faciales ou les troubles bipolaires) 
  • l’halofantrine (un médicament contre le paludisme) 
  • la levasidone (un médicament de la schizophrénie et autres psychoses) 
  • le naloxegol (un médicament contre la constipation induite par les médicaments antidouleur de la famille des opiacés).

Aucune interaction potentiellement dangereuse n’existe entre le jus de pamplemousse et les antibiotiques ou la pilule contraceptive.

Attention aux excès de mise en garde

Sur internet, on trouve encore des articles de 2008 qui mettent en garde contre davantage de substances médicamenteuses. Ces articles étaient issus de la communication alarmiste d’un chercheur canadien qui avait extrapolé des données obtenues sur un seul médicament. Seules les interactions listées dans le thésaurus de l’ANSM sont reconnues aujourd’hui.

En cas de doute, consultez la notice de votre médicament (l’interaction y sera toujours signalée) ou demandez conseil à votre pharmacien.

Pour en savoir plus

Le thésaurus des interactions médicamenteuses de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), mars 2018 (le jus de pamplemousse est aux pages 184-186)

 

« Interactions médicaments et jus de pamplemousse », une mise au point de l’ANSM publiée en 2008

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