EN BREF

L’addiction aux boissons alcoolisées touche 1,5 million de Français. Une fois installée, cette dépendance provoque un désir obsessionnel et incontrôlable de boire. L’abus d’alcool augmente les risques de cancers, troubles digestifs et maladies cardiovasculaires, et a des effets sur le psychisme (dépression, problèmes de mémoire). À terme, l’alcoolisme peut aussi avoir un impact grave sur la vie sociale (violence, chômage, etc.).

Consommation d’alcool et alcoolisme : quelques repères

L’alcoolodépendance (ou "alcoolisme") est une addiction à l’alcool qui a des conséquences néfastes sur la santé, la vie sociale et affective. Elle est souvent précédée d’habitudes dites "à risque", puis "nocives", à travers lesquelles la personne perd petit à petit le contrôle de sa consommation.

Boire de l’alcool est un comportement fréquent. Sur les 49 millions de Français âgés de 11 à 75 ans, 44,4 l’ont déjà fait, dont 41,3 au cours de l’année écoulée. Les consommateurs réguliers sont 8,8 millions et, parmi eux, 5 millions prennent des boissons alcoolisées tous les jours.

En France, la consommation se partage essentiellement entre :
- les vins (58 %, en baisse sensible) ;
- les spiritueux (22 %, avec une tendance à l’augmentation) ;
- la bière (17,5 %, une valeur constante depuis des années).

Dans l’Union européenne, notre pays se place en 15ème position en terme de consommation d’alcool par habitant, soit un peu au-dessus de la moyenne. En 40 ans, nos prises ont fortement baissé, passant de 5 verres par jour et par personne en 1970 à 2,6 en 2011. Mais ces chiffres optimistes ne doivent pas masquer la réalité : en moyenne, les hommes boivent encore autour de 4,4 verres par jour !

On estime qu’environ 1,5 million de Français sont alcoolodépendants, et que 2,5 millions ont un comportement à risque (qu’ils parviennent encore à contrôler). Cette dépendance concerne plus souvent la population masculine : 14 % des hommes auraient une consommation à risque, contre 5 % des femmes.

Globalement, le fait de boire trop d’alcool provoquerait, selon les sources, 33 000 à 49 000 décès par an en France.

Ces dernières années, les modes de consommation de boissons alcoolisées ont changé chez les adolescents et les jeunes adultes. Pour eux, il devient plus courant de boire des quantités d’alcool importantes (au moins 6 verres) en un minimum de temps. Cette consommation occasionnelle massive est appelée "binge drinking" ou "biture express". Si vous (ou l’un de vos proches) êtes concerné, il faut savoir que cette pratique est particulièrement dangereuse. Elle cause parfois des intoxications aiguës (délirium) pouvant entraîner des accidents vasculaires cérébraux (inhabituels dans cette tranche d’âge), voire le décès par arrêt cardiaque. En outre, les jeunes adoptant cette façon de boire sont particulièrement exposés aux traumatismes liés à l’alcool (ex. : chute).

Récemment, une forme particulière de binge drinking est apparue, la "neknomination". Avec cette nouvelle pratique, des adolescents se lancent des défis via la mise en ligne de vidéos où ils ingurgitent de grandes quantités d’alcool "cul sec".

L’apparition et les signes de l’alcoolodépendance

La consommation répétée de boissons alcoolisées peut prendre différentes formes selon le rythme des prises et la quantité d’alcool ingérée. On distingue ainsi divers degrés de sévérité allant de l’abstinence (aucune prise d’alcool) à la dépendance avérée, selon un continuum d’intensité.

On emploie ces termes lorsque la dose d’alcool absorbée et la fréquence des prises sont telles que, si ce comportement persiste sur une durée prolongée, des conséquences physiques, psychiques et sociales surviendront inévitablement.

Si vous consommez de l’alcool, pour limiter les risques pour votre santé au cours de votre vie, il est recommandé de :

  • ne pas consommer plus de 10 verres standard par semaine et pas plus de 2 verres standard par jour ;
  • avoir des jours dans la semaine sans consommation.

Et pour chaque occasion de consommation, il est recommandé de :

  • réduire la quantité totale d’alcool que vous buvez à chaque occasion ;
  • boire lentement, en mangeant et en alternant avec de l’eau ;
  • éviter les lieux et les activités à risque ;
  • s'assurer que vous avez des personnes que vous connaissez près de vous et que vous pouvez rentrer chez vous en toute sécurité.

Pour les femmes qui envisagent une grossesse, qui sont enceintes ou qui allaitent : pour limiter les risques pour votre santé et celle de votre enfant, l’option la plus sûre est de ne pas consommer d’alcool.

Pour les jeunes et les adolescents : pour limiter les risques pour votre santé, l’option la plus sûre est de ne pas consommer d’alcool.

D'une façon générale, l'option la plus sûre est de ne pas consommer d'alcool en cas de :

  • conduite automobile ;
  • manipulation d'outils ou de machines (bricolage, etc.) ;
  • pratique de sports à risque ;
  • consommation de certains médicaments ;
  • existence de certaines pathologies.

Pour l’OMS, l’addiction est installée lorsque la consommation de boissons alcoolisées devient prioritaire par rapport aux autres comportements, auparavant prédominants chez la personne. Le désir de boire se fait impossible à maîtriser et demande à être assouvi, au détriment de toute autre considération. L’alcool devient alors une obsession. Sa consommation doit être poursuivie, même lorsque ses conséquences sont manifestement problématiques.
Cette dépendance s’installe en plusieurs étapes :
1. Tout d’abord, le buveur développe une tolérance. Il doit boire des quantités toujours plus importantes pour obtenir les sensations recherchées.
2. Ensuite, il ne peut plus contrôler sa consommation. Une dépendance physique s’installe.
3. À ce stade, l’arrêt des prises provoque des signes de manque difficiles à supporter (sueurs, tremblements, vertiges, etc).

En savoir plus : Identifier les symptômes d’une addiction

Les effets sanitaires et sociaux de l’alcoolisme

Sur la durée, la consommation excessive de boissons alcoolisées entraîne des complications sévères, qui touchent à la santé physique et mentale comme à la vie sociale de la personne concernée.

Cette addiction aggrave plus de 60 maladies, et elle est la cause principale de certaines d’entre elles.
Les cancers
Il existe un risque accru de développer une tumeur au niveau de plusieurs organes : bouche, œsophage, larynx, estomac, côlon, rectum, foie et sein (chez les femmes). Cet effet favorisant apparaît même avec des consommations que les addictologues ne considèrent pas comme "à risque".
Les troubles digestifs
L’alcoolodépendance augmente les risques de :
- cirrhose du foie (fibrose irréversible empêchant le fonctionnement de cet organe), en particulier chez les femmes ;
- pancréatite chronique ;
- diabète de type 2.
De plus, des varices œsophagiennes (dilatation des vaisseaux autour de l’œsophage) peuvent apparaître et provoquer de graves hémorragies.
Les maladies du cœur et des vaisseaux sanguins
L’alcool accentue le risque d’hypertension artérielle et de ses complications (accident vasculaire cérébral ou "AVC", maladie rénale chronique). Chez les personnes de moins de 40 ans, un AVC sur cinq est lié à une consommation excessive d’alcool. L’alcoolodépendance peut aussi causer des troubles du rythme cardiaque (arythmies) entraînant parfois une mort brutale, même chez des personnes sans antécédents cardiaques.
En dehors de ces pathologies, l’abus de boissons alcoolisées :
- expose aux traumatismes physiques (ex. : chute, bagarre, accident de la route) et à un risque plus élevé de fractures osseuses, en particulier chez les hommes ;
- peut, comme le tabac, réduire la fertilité masculine et féminine ;
- exerce un effet négatif sur le système immunitaire et accroît le risque de développer une maladie infectieuse (ex. : tuberculose, VIH/sida, pneumonie).

L’abus d’alcool favorise la dépression et le suicide, et aggrave les troubles du sommeil. Elle accentue aussi le risque de dépendance à d’autres substances, en particulier au tabac, avec les conséquences néfastes du tabagisme sur la santé.
Avec le temps, l’alcoolodépendance entraîne aussi une atrophie de certaines régions du cerveau, peut causer des problèmes de mémoire et altérer le raisonnement. Chez les personnes schizophrènes, les symptômes psychotiques sont exacerbés par la prise d’alcool.

Elles sont essentiellement liées à l’ivresse et aux modifications du comportement qui en résultent. En effet, l’état d’ébriété est souvent source de conflits avec l’entourage, par exemple :
- dans un débit de boissons (bar, boîte, etc.), sous la forme d’agressions verbales des personnes présentes, voire de bagarres ;
- au domicile (conflit avec le conjoint, maltraitance des enfants) ;
- au lycée ou au travail (à cause d’une baisse des performances notamment).

À terme, les retentissements de ces situations sont nombreux, et varient selon l’âge et la situation des personnes : abandon des études, absentéisme et chômage, **violence sexuelle et conjugale, divorce, éloignement des amis, délits** pouvant amener à une incarcération, etc. La fréquence et la sévérité de ces phénomènes sont directement proportionnelles à la quantité d’alcool consommée.

En savoir plus : Connaître les modalités de traitement de l’addiction

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