Oui, mais considérablement moins que présenté dans les médias

Depuis quelques mois, les médias bruissent d’une nouvelle maladie du foie, la « maladie du soda » ou NASH (Non Alcoholic SteatoHepatitis, en français StéatoHépatite Non Alcoolique). À en croire les journalistes et quelques médecins, nous serions tous menacés par une épidémie d’insuffisance hépatique grave, en lien avec la malbouffe (d’où la référence aux sodas). Alors, c’est sérieux cette histoire ?

La stéatose hépatique, un état assez courant

Les canards et les oies gavés au maïs ont un foie qui se charge anormalement en graisses. Ce « foie gras » est l’autre nom de la stéatose hépatique. Lorsqu’elle survient sur des personnes qui ne sont pas alcoolodépendantes, elle est dite « non alcoolique ».

Chez l’homme, ce foie gras non alcoolique est essentiellement observé chez les personnes qui souffrent d’obésité (entre 30 et 90 % des personnes selon la sévérité de l’obésité) ou de diabète de type 2 (entre 40 et 80 % des personnes selon la sévérité du surpoids). Mis à part la surcharge en graisses, le foie ne semble pas être moins efficace.

La stéatose hépatique n’expose pas à des complications, ceux qui en souffrent sont plutôt touchés par les maladies cardiovasculaires (infarctus, AVC, par exemple) liées au surpoids et à l’hypertension.

La NASH, une forme grave de la stéatose hépatique

Dans certains cas rares, la stéatose hépatique s’accompagne d’une inflammation des cellules du foie (une « hépatite »). On parle alors de « stéatohépatite non alcoolique » ou NASH.

Dans ce cas, un risque de complication sévère existe : la fibrose (les cellules du foie sont remplacées par des fibres de collagène) et son stade ultime, la cirrhose. Cette dernière se complique parfois en cancer du foie, comme chez certaines personnes atteintes d’hépatite virale ou d’alcoolodépendance sévère. Dans ce cas, la vie du patient peut être mise en jeu et sa survie nécessiter une greffe de foie.

Des chiffres fantaisistes qui circulent

Alors ? Combien sommes-nous à souffrir de NASH en France ? Des millions ? Les estimations exactes manquent cruellement mais les hépatologues semblent s’accorder sur le fait que 15 à 20 % des Français adultes souffrent de stéatose hépatique « simple » (soit entre 7,5 et 10 millions).

Concernant la NASH, elle toucherait environ 1 % de la population adulte (500 000 personnes), dont seulement 100 000 présenteraient une fibrose du foie (400 000 ne présentant que des signes d’inflammation). Cent mille, ce n’est pas rien, mais nous sommes loin des 6 millions de Français évoqués dans de très nombreux médias qui ont confondu stéatose et NASH.

Aux États-Unis, la situation semble plus sérieuse. La NASH concernerait 5 % des adultes (entre 3 et 12 % selon les sources). Soit plus de 12 millions d’adultes.

Des enjeux économiques considérables

Pour comprendre l’emballement médiatique autour de la NASH, il est essentiel de prendre conscience des enjeux économiques à la clef. Des millions de patients à travers le monde, plus de 70 médicaments en développement… il est indispensable pour les industriels de sensibiliser les médecins à une maladie dont ils n’ont jamais entendu parler jusque-là.

Par exemple via une Journée de la NASH, initiée par le NASH Education Program, une structure lancée par un laboratoire pharmaceutique français (Genfit) dont un médicament sera bientôt commercialisé contre la NASH.

Des médecins vent debout contre l’emballement médiatique

Les efforts des industriels pour faire connaître la NASH se heurtent à la résistance de médecins qui, s’ils sont conscients de la fréquence de la stéatose hépatique, sont plus dubitatifs sur celle de la NASH. De fait, il n’existe pas en France de données chiffrées sur le nombre de décès dus à cette complication.

Ces médecins redoutent que l’existence de médicaments contre la NASH devienne un obstacle aux changements de comportement dont on sait, depuis longtemps, qu’ils sont efficaces pour prévenir et diminuer la stéatose hépatique : alimentation équilibrée, lutte contre le surpoids et activité physique régulière. Selon les communications de la Paris Hepatitis Conference de 2017, dans le cas de la NASH, une perte de 10 % du poids ferait disparaître l’inflammation du foie dans 90 % des cas.

De plus, ces médecins s’inquiètent du risque de confusion entre stéatose hépatique (sans complication) et NASH dans la prescription de ces médicaments. En effet, seule une biopsie hépatique (un prélèvement de foie qui n’est pas sans risque) permet de distinguer l’une de l’autre.

Note du rédacteur : Considérant l’emballement médiatique autour de la NASH, l’absence d’informations de référence issues des agences de santé publique françaises (Haute autorité de santé, par exemple) est surprenante. Espérons que ce vide sera comblé rapidement.

Pour en savoir plus

Le résumé des communications de la Paris Hepatitis Conference 2017.

Un article de la Radio Télévision Suisse sur la Journée de la NASH.

Le coup de gueule du Dr Dominique Dupagne, médecin généraliste.

Le site du NASH Education Program

Un site sur les médicaments en développement contre la NASH

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