Troisième cancer en termes de fréquence globale en France, le cancer du côlon et du rectum fait l'objet d'un dépistage systématique chez les plus de 50 ans. Lié à des facteurs génétiques, à l'alimentation et à l'hygiène de vie, le cancer colorectal est essentiellement une maladie des pays industrialisés. L'amélioration de son dépistage précoce et de ses traitements a fortement augmenté le taux de guérison ces dernières années.

Points-clés

Le cancer colorectal touche le gros intestin ou le rectum. C’est une maladie fréquente, surtout dans les pays industrialisés. Chaque année, environ 40 000 nouveaux cas sont diagnostiqués (21 000 chez les hommes et 19 000 chez les femmes).

Une bonne hygiène de vie, un régime alimentaire équilibré et un bon apport en vitamine D permettent de prévenir la survenue d’un cancer colorectal, voire d’autres cancers.

Un test de dépistage gratuit est systématiquement proposé tous les deux ans aux personnes entre 50 et 74 ans.

Les symptômes restent longtemps silencieux, avant l'apparition des premiers signes (troubles du transit, sang dans les selles, fatigue, amaigrissement…) D’où l’importance du dépistage !

La maladie est le plus souvent diagnostiquée grâce à une coloscopie (examen d'imagerie des voies intestinales).

Un cancer des voies intestinales

Le cancer colorectal est une forme de cancer qui atteint le gros intestin (côlon) ou le rectum (la partie de l'intestin située au-dessus de l'anus). Cette maladie est probablement liée à des facteurs génétiques et à un ensemble de facteurs de risque, dont certains sont alimentaires (nourriture trop riche en énergie et en viande rouge).

Dans 60 à 80 % des cas, le cancer colorectal se développe à partir de petites excroissances bénignes de la paroi de l'intestin, les polypes. Ceux-ci peuvent être visualisés et éliminés lors d'un examen de l'intestin (coloscopie). Pour dépister et enlever préventivement d'éventuels polypes à risque cancéreux, il est conseillé aux personnes à risque, et à celles dont les selles contiennent des traces de sang, de pratiquer cet examen.

À partir de 50 ans, les polypes de la paroi intestinale sont fréquents. La plupart d'entre eux restent bénins et n'évolueront donc pas en cancer. Mais certains polypes peuvent, sous certaines conditions, se transformer en tumeurs cancéreuses. Cette évolution est lente (souvent plus de 10 ans) et les facteurs qui la conditionnent ne sont pas identifiés.

Une maladie fréquente

En France, le cancer colorectal est le troisième cancer en termes de fréquence globale (le troisième chez les hommes et le deuxième chez les femmes). Chaque année, environ 40 000 nouveaux cas sont diagnostiqués (21 000 chez les hommes et 19 000 chez les femmes), et environ 17 000 personnes en décèdent. On estime qu'environ 1 personne sur 15 souffrira de cette affection au cours de sa vie.

Le cancer colorectal est plus fréquent dans les pays industrialisés, probablement à cause des modes alimentaires adoptés (apport calorique élevé, consommation insuffisante d'aliments riches en fibres) et de la sédentarité qui y règne.

Des facteurs de risques très différents

En France, l'âge moyen de diagnostic des cancers colorectaux est de 70 ans.
En outre, certains éléments déclencheurs ont été identifiés :

- l'âge : la quasi-totalité des cancers colorectaux sont observés chez des personnes de plus de 50 ans ;
- une prédisposition familiale : le risque de cancer colorectal est multiplié par deux à trois si l'un des parents du premier degré (parents, frères et sœurs, enfants) a développé un cancer colorectal. Ce risque augmente si le parent touché avait moins de 60 ans au moment du diagnostic, ou si deux parents du premier degré ont souffert de ce cancer ;
- des antécédents personnels : les personnes qui ont déjà eu un cancer colorectal sont plus à risque d'en développer un autre ;
- certaines maladies héréditaires du côlon : par exemple, la polypose familiale adénomateuse ou le syndrome de Lynch ;
- les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin comme la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique ;
- le diabète de type 2 et l'obésité (qui sont des maladies liées à un apport calorique élevé et à une absence d'exercice physique régulier) ;
- le manque d'exposition régulière au soleil (probablement par insuffisance du taux de vitamine D dans le sang) ;
- le tabagisme ;
- un excès de consommation de boissons alcoolisées ;
- une alimentation riche en charcuteries, en grillades au barbecue et en aliments fumés (qui contiennent des substances favorisant l'apparition de cancers digestifs) ;
- une alimentation pauvre en fibres alimentaires (dans les fruits, les légumes, les céréales complètes).

Un dépistage organisé et gratuit

En France, un test de dépistage du cancer colorectal est systématiquement proposé, tous les deux ans, aux personnes âgées de plus de 50 ans et de moins de 74 ans (l'âge au-delà duquel le dépistage systématique ne semble plus avoir d'intérêt).

Ce test de dépistage, appelé Hémoccult II, est gratuit. Il repose sur la détection de traces de sang dans les selles (un signe de cancer colorectal, mais également d'autres maladies). Lorsque ce test est positif, une coloscopie (un examen de la paroi du côlon à l'aide d'une sonde souple) est effectuée afin de déterminer l'origine des saignements.

Les personnes issues de familles où l'on a identifié une prédisposition génétique au cancer colorectal peuvent se voir proposer des coloscopies de dépistage régulières dès l'âge de 40 ans.

Enfin, un dépistage est systématiquement pratiqué lorsque le médecin diagnostique une anémie due à une carence en fer chez un adulte, sauf si une autre cause a été identifiée (règles abondantes, ulcère duodénal, par exemple).

Des symptômes difficiles à identifier

Pendant les premières années de la maladie, le cancer colorectal passe inaperçu, d'où l'importance du dépistage systématique pour un diagnostic précoce.

Lorsqu'il devient symptomatique, le cancer colorectal peut provoquer :

- des diarrhées ou de la constipation inhabituelle durant plusieurs semaines ;
- des maux de ventre et des ballonnements ;
- la sensation d'avoir constamment envie d'aller aux toilettes ;
- la présence de sang dans les selles ;
- de la fatigue, de l'anémie et un amaigrissement.

En cas de cancer colorectal avancé, des complications graves peuvent survenir : blocage du transit intestinal (occlusion), perforations de la paroi intestinale, infection de la cavité de l'abdomen (péritonite). De plus, des amas de cellules cancéreuses migrent, via la circulation sanguine, vers le foie ou les poumons où elles forment de nouvelles tumeurs, les métastases.

5 stades d’évolution

Aujourd'hui en France, on guérit un peu plus de la moitié des cancers colorectaux, en particulier lorsque ceux-ci sont diagnostiqués précocement. En effet, le dépistage systématique a nettement augmenté le taux de survie (56 % cinq ans après le diagnostic, dont 55 % chez les hommes et 57 % chez les femmes).

En fonction des résultats des examens complémentaires, le médecin peut déterminer le stade d'évolution du cancer colorectal (ce qui conditionne son pronostic et son traitement). Pour cela, il utilise une classification dite "TNM" qui prend en compte :

- les aspects de la tumeur du côlon ou du rectum ;
- la présence éventuelle de cellules cancéreuses dans les ganglions ;
- l'existence ou non de métastases.

En fonction du résultat de cette classification, le cancer colorectal est dit "de stade évolutif 0, I, II, III ou IV", de gravité croissante.

Prévenir le cancer au quotidien

Les mesures de prévention du cancer colorectal sont, pour la plupart, peu spécifiques et concernent tous les cancers :

- ne fumez pas ;
- adoptez une alimentation équilibrée et luttez contre l'embonpoint ;
- limitez le plus possible votre consommation de boissons alcoolisées ;
- pratiquez régulièrement une activité physique.

De plus, il semblerait qu'une alimentation riche en fibres (céréales complètes, légumes et fruits crus, cuits, surgelés ou en conserve) contribue à prévenir le cancer colorectal, ainsi que d'autres cancers. En outre, limiter sa consommation de charcuteries (saucisson, saucisse sèche, jambon cru, etc.), de grillades au feu de bois ou au barbecue, d'aliments fumés, ainsi que de viande rouge semble également réduire le risque de cancer colorectal.

Dans certains pays peu ensoleillés, les autorités de santé recommandent la prise de suppléments de vitamine D en automne et en hiver, voire toute l'année. Et ce, plus particulièrement pour les personnes âgées, celles qui sortent peu de chez elles ou de leur lieu de travail, et les personnes à la peau noire.

La coloscopie, clé du diagnostic

Lorsque le médecin suspecte la présence d'un cancer colorectal (par exemple après un test révélant la présence de traces de sang dans les selles), il prescrit un examen du rectum et du côlon : la coloscopie.

Celle-ci consiste à observer la paroi du gros intestin et du rectum à l'aide d'une sonde endoscopique souple (un ensemble de fibres optiques capables d'illuminer et de filmer ces organes, qui est introduit par l’anus). Cet examen s'effectue sous anesthésie générale et nécessite que le côlon soit vidé de son contenu. Pour cela, certaines règles sont à respecter :

- Quelques jours avant l'examen : prises de médicaments laxatifs, régime sans résidus.
- La veille : prise de liquide de lavage intestinal avant l'examen.
- Le jour J : patient à jeun.

La coloscopie permet de voir (et d'enlever) des polypes et, en cas de doute sur leur nature cancéreuse, de réaliser des prélèvements (biopsies) qui seront envoyés au laboratoire d'analyse pour confirmation.

Chez les personnes pour lesquelles la coloscopie est contre-indiquée (fragilité de la paroi des intestins, par exemple), un examen par IRM est effectué. Celui-ci permet de reconstruire une vue de l'intestin en trois dimensions ("coloscopie virtuelle" ou "coloscanner").

Lors du diagnostic de cancer colorectal, le médecin peut aussi prescrire une prise de sang pour mesurer l'antigène carcino-embryonnaire (ACE), une substance produite par certaines cellules cancéreuses. Il peut également demander une échographie de l'abdomen et une radiographie des poumons, à la recherche d'éventuelles métastases.

Lors d’un diagnostic de cancer du côlon, le médecin peut également faire pratiquer une tomodensitométrie (un scanner qui nécessite l'injection dans le sang de produits à base d'iode) pour mesurer l'extension des tumeurs cancéreuses.

Lors d’un diagnostic de cancer du rectum, il peut effectuer un toucher rectal ou vaginal pour évaluer la taille de la tumeur, ou faire pratiquer une écho-endoscopie rectale (échographie ne nécessitant pas d’anesthésie, où une sonde fine est introduite dans le rectum par l'anus).

Des soins qui se complètent

Le traitement du cancer colorectal a pour objectif la guérison du patient (si la maladie a été diagnostiquée suffisamment tôt), l'amélioration de sa qualité de vie et la prévention des complications. Il varie selon sa localisation (côlon ou rectum) et son stade d'évolution. Comme pour les autres cancers, les soins reposent sur un ensemble de protocoles codifiés et adaptés aux particularités du patient. Il s’agit de la chirurgie (pour enlever la partie de l'intestin atteinte) et de l'administration de chimiothérapie anticancéreuse, voire de radiothérapie (rayons ionisants). Ces soins sont administrés dans des centres de lutte contre le cancer accrédités par l'Institut national du cancer (INCa).

Il varie selon le stade d'évolution :

- Stades d'évolution 0 et I : le traitement est chirurgical et consiste à enlever la tumeur du rectum, voire le tissu avoisinant (mésorectum), ainsi que les ganglions qu'il contient. La radiothérapie est rarement pratiquée à ce stade.
- Stades d'évolution II et III : radiothérapie, puis chirurgie consistant à enlever le rectum. Une chimiothérapie est souvent pratiquée, avant ou après la chirurgie.
- Stade d'évolution IV : chirurgie selon l'emplacement et l'étendue de la tumeur, radiothérapie pour soulager les douleurs liées à la tumeur ou aux métastases, chimiothérapie pour améliorer la qualité de vie en soulageant les symptômes.

Le traitement du cancer du rectum repose en premier lieu sur la radiothérapie, c'est-à-dire l'administration localisée de rayons ionisants capables de tuer les cellules cancéreuses. Le nombre de séances de radiothérapie est variable. La radiothérapie est le plus souvent administrée pendant quatre à cinq jours consécutifs (à raison d'une séance par jour) durant plusieurs semaines. Elle est souvent accompagnée d'une chimiothérapie pour réduire la taille de la tumeur et rendre les cellules cancéreuses plus sensibles aux radiations ionisantes.

Les séances de radiothérapie nécessaires pour traiter le cancer du rectum peuvent provoquer certains effets indésirables. Ceux-ci peuvent apparaître après les séances, mais également à long terme, pendant les deux années qui suivent la radiothérapie. Ils ne sont heureusement pas tous ressentis par les patients. Les médecins spécialisés savent dépister ces effets précocement et aider leurs patients à mieux les supporter. Ils peuvent être :

- fatigue, perte d'appétit, nausées et vomissements ;
- diarrhées et maux de ventre, envies pressantes d'aller aux toilettes, sensation de brûlures au niveau de l'anus ;
- saignements par l'anus ;
- infection urinaire (cystite).

5 à 7 semaines après la fin des séances de radiothérapie, une intervention chirurgicale est pratiquée pour enlever tout ou partie du rectum. Si celui-ci est enlevé en totalité, et avant de joindre le côlon directement à l'anus, le chirurgien construit une poche avec un fragment du côlon. Ce réservoir pourra ensuite stocker les selles comme le faisait le rectum, et le patient mènera une vie normale. Pendant le temps nécessaire à la cicatrisation du réservoir, le patient porte une poche externe (une "stomie", ou anus artificiel) sur le côté du ventre, pour recueillir les selles. Cette stomie est temporaire et sera retirée lorsque le réservoir aura cicatrisé.

Il varie également selon le stade d'évolution :

- Stades d'évolution 0 et I : chirurgie consistant à enlever la partie du côlon atteinte.
- Stade d'évolution II : chirurgie consistant à enlever la partie du côlon atteinte et éventuellement, chimiothérapie.
- Stade d'évolution III : chirurgie consistant à enlever la partie du côlon atteinte et les ganglions avoisinants, suivie d'une chimiothérapie.
- Stade d'évolution IV : si possible, chirurgie pour enlever la tumeur et les métastases (parfois deux interventions successives sont nécessaires), avec chimiothérapie entre les deux interventions chirurgicales ou si la chirurgie n'est pas possible. Cette chimiothérapie peut être associée à d'autres types de traitement injectables ("thérapie ciblée" avec des anticorps monoclonaux comme, par exemple, le bavacizumab).

Le traitement du cancer du côlon repose essentiellement sur la chirurgie et éventuellement, la chimiothérapie.
Le traitement chirurgical du cancer du côlon est donc effectué systématiquement. En l'absence de métastases, il est pratiqué dès le diagnostic. Il consiste à retirer la partie du côlon atteinte de cancer, ainsi que le tissu qui l'entoure (mésocôlon) et au moins une douzaine de ganglions avoisinants qui seront analysés au laboratoire, à la recherche de cellules cancéreuses. Selon la taille de la tumeur, cette intervention peut se faire :

- pendant une coloscopie (pour enlever un polype cancéreux identifié précocement) ;
- par cœlioscopie (à travers de petits orifices de la paroi abdominale grâce à des instruments montés sur des sondes) ;
- ou par chirurgie classique (ouverture de l'abdomen ou laparotomie).

Si des métastases ont été identifiées, une chimiothérapie anticancéreuse est pratiquée avant l'intervention chirurgicale, pour réduire la taille de la tumeur et tester sa sensibilité à la chimiothérapie. Une chimiothérapie peut également être administrée après la chirurgie, si le médecin suspecte un risque élevé de récidive.

La chimiothérapie nécessaire pour traiter le cancer du côlon peut provoquer certains effets indésirables. Ces effets ne sont heureusement pas tous ressentis. Les médecins spécialisés savent aider leurs patients à prévenir ces effets indésirables à l'aide de traitements spécifiques, et à mieux les supporter lorsqu'ils surviennent. Ils peuvent être :

- des nausées et des vomissements ;
- des diarrhées ;
- des irritations de la bouche (stomatites) ;
- de la fièvre ou des frissons ;
- un essoufflement à l'effort ;
- des douleurs des mains et des pieds.

Après le traitement, le suivi médical

Les personnes qui ont reçu un traitement contre le cancer colorectal font l'objet d'un suivi médical rapproché pendant plusieurs années, afin de dépister rapidement d'éventuelles récidives.

En général, pendant les deux années qui suivent le traitement, ces patients réalisent des examens de contrôle (tomodensitométrie ou échographie) tous les trois à six mois pendant deux ans, puis tous les ans pendant trois ans. Une coloscopie est également pratiquée après six mois, puis un an plus tard. Ensuite, des coloscopies de contrôle peuvent être effectuées tous les deux à trois ans. Des examens sanguins sont également pratiqués, à la recherche de l'antigène carcino-embryonnaire (ACE).

En outre, certains symptômes doivent inciter les personnes qui ont eu un cancer colorectal à contacter leur médecin :

- des troubles du transit intestinal qui durent (diarrhées ou constipation) ;
- des envies d'aller à la selle sans résultat ;
- de la fatigue, une perte d'appétit ou un amaigrissement ;
- des douleurs de l'anus ou du bas du dos ;
- du sang dans les selles ;
- des ballonnements ;
- des douleurs en position assise.

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